L’oubli de soi  

Contrairement aux apparences sociétales et commerciales, nous n’avons pas évolué dans une société qui nourrit le culte de soi au sens profond. Je ne me souviens pas qu’ à l’école par exemple, on m’ ai appris à penser par moi-même, à ressentir, à écouter mon corps, à pouvoir être libre de me mouvoir et de m’exprimer librement. On ne m’a pas non plus transmis le goût du risque, ni le fait d’oser. On ne m’a jamais dit qu’échouer était une occasion formidable d’apprentissage et d’évolution. On ne m’a jamais relié au plus grand, au plus vaste que moi. On ne m’a pas montré qu’à plusieurs, on était plus fort. Je me souviens surtout de la peur que je ressentais: la peur d’être moins bien, la peur d’être jugée, rejetée. La pression de la concurrence et de la performance à tout prix. Alors, si à cela se rajoute un environnement toxique, non sécurisant et dévalorisant, il sera difficile d’établir un lien à soi solide et ferme et confiant.

Je vois tous les jours des personnes carencées en estime d’elle-même, en considération d’elle-même. Cette forme d’amour de soi est à l’opposé de tout narcissisme ou égocentrisme. C’est même tout l’inverse. Je crois d’ailleurs que les personnes les plus égocentriques que j’ai rencontré, étaient celles qui transpiraient le plus le désamour de soi.

 

Pourquoi pouvons-nous nous oublier? 

 

Une EDUCATION TOXIQUE ET/OU INSECURE marquée par l’abus, la maltraitance, la négligence des parents, un contexte trop autoritaire et limitant. Plusieurs comportements et attitudes reflètent cette enfance toxique : Les critiques, le manque de soutien, la culpabilisation, l’excès d’ordres, le chantage, le mensonge, le non-respect de l’intimité, aux injustices, la dépression ou la maladie d’un parent, des déménagments à répétitions…

– DES RELATIONS NEFASTES pour soi (pervers narcissiques et manipulateurs ou dévalorisation, chantages, menaces sont au rendez-vous).

-UN DEFICIT D’AUTONOMIE DANS L’ENFANCE : Surprotection des parents, dévalorisation des compétences…

-LA MISE EN PLACE DE CROYANCES SUR SOI ET SUR L’AMOUR résultant d’un milieu familial, éducatif, religieux ou culturel telles que : 

« Je ne suis pas à la hauteur » ,  » je ne suis pas aimable », « je n’ai pas de valeur », mes besoins et mes ressentis ne comptent pas », « je n’ai pas le droit au bonheur », « Surtout se faire tout petit et ne pas faire trop de vagues » , « L’amour est sous condition et marche au mérite »,  » Je dois être parfait pour être aimé »,   « la vie est une lutte et un combat de tous les jours »,   » il est dangereux de montrer ses sentiments et sa vulnérabilité »,   » comme personne ne s’occupe vraiment de moi, je vais maintenant compter que sur moi : je suis ma propre sécurité » …                                                                                   

-DES TRAUMATISMES DE VIE tels que des abus, des accidents, des pertes.

-UNE GRANDE PEUR du jugement et du regard de l’autre, de sorte à s’adapter toujours à l’extérieur. Cette sur- adaptation fera que l’on oubliera sa propre singularité, on s’édulcorera afin d’être accepté et reconnu suffisamment. 

Les Conséquences :

-L’ignorance de ses propres limites par le sacrifice permanent dont le bénéfice secondaire est d’aider pour être aimé ou d’aider pour contrôler les choses. On peut se sacrifier pour beaucoup de choses : le couple, un travail, une maison, des enfants, une cause….

-L’ignorance de ses propres besoins et une méconnaissance profonde de soi car tout simplement, on ne s’est jamais intéressé à nous, on ne nous a jamais demandé comment on se sentais. On ne sait pas faire. Ou encore, on a trop voulu faire à notre place que l’on est bien incapable aujourd’ hui de penser et de ressentir par nous-même.

-L’ignorance de ses désirs profonds. Ais-je moi,  le droit d’avoir des désirs ?

-La fuite de ses émotions et faire en sorte de ne surtout pas les vivre et les ressentir.

-La dépendance ou l’addiction pour s’anesthésier afin de combler ce sentiment de frustration, d’impuissance et fuir ce VIDE INTERIEUR RESSENTI

-L’incapacité de se positionner, de dire oui et de dire non, de faire des choix

-Un oubli de son corps et une impossibilité d’être à l’écoute de ses sensations et ressentis. Le corps ne ressent plus, comme cela il ne souffre plus.

-La dépression et l’isolement. A quoi bon exister si je ne peux pas être moi ? Si je me crée une vie dont je ne perçois pas le sens ? Je préfère me couper du monde et m’isoler, me rendre insensible.

-Un hyper contrôle et une vigilance sur tout et pour tout, pour se rassurer ou avoir l’illusion de mener sa vie au moins dans un domaine ( rigidité, autoritarisme, intolérance). Pour se protéger, nous n’allons plus faire confiance aux autres. Nous allons être méfiant de tout et de tout le monde, je suis le seul à pouvoir assurer ma sécurité »

-L’auto-sabotage dans les relations amoureuses, amicales, professionnelle et une mise en échec constante.

-Vouloir dominer à tout prix les autres pour ressentir un pouvoir, une importance, un rôle qui nous manque terriblement à l’intérieur de nous.

La liste des conséquences de l’oubli de soi est encore longue. Comment peut-on encore penser aujourd’hui que prendre soin de sa personne est secondaire. 

Et  donc ? 

Commencer à voir les ressources à l’intérieur de soi, en cessant de courir après dans le monde extérieur est l’acte le plus courageux, responsable et généreux que je connaisse. Le début sera d’aller se (re)connaitre et tout accepter de nous : notre part d’ombre et de lumière.  En reprenant la responsabilité (et non la faute), de mon histoire, je reprends le pouvoir sur ma vie. Mon histoire, je ne peux pas la changer, par-contre, ce qui est sûr, c’est que je peux changer la façon que j’ai de vivre mon histoire. Encore faut-il avoir cet élan d’aller voir en dedans, d’aller traverser nos émotions, nos croyances, nos vécus enfouis pour retrouver notre essence même : Notre liberté d’être pleinement. Christiane Singer disait : « Ou cours-tu, ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? » Elle avait tout résumé dans cette phrase.

Il va s’agir d’apprendre à accueillir ses émotions et d’en comprendre le sens, à retrouver ses limites et savoir les dire, à pouvoir percevoir son corps autrement qu’au travers de la souffrance ou du jugement, à donner la parole au corps,  à aller à la découverte de soi : ses valeurs, ses besoins, ses envies, ses talents. A vous reconnecter à la vie en vous , à votre feu intérieur, à ce qui brûle de vous. Ne pas s’oublier, c’est pouvoir se regarder en face et dire : « Je prends tout de moi, car tout de moi fait qui je suis ici aujourd’hui ». 

Vous êtes merveilleux : N’oubliez jamais d’être à l’écoute des battement de votre coeur et de vos sensations. Ayez toujours une oreille tendue vers vous, et autorisez- vous enfin à être vous, à aimer être vous, sous toutes les coutures et couleurs. 

-Nadège ARNAUD-