Nos émotions sont nos amies et nos guides. 

Etouffer ses émotions ou comment s’étouffer soi-même ?

Souvent, il nous arrive de considérer nos émotions comme des obstacles, des erreurs ou des faiblesses. Nous cherchons alors à les contrôler et à les empêcher de se manifester. Pour la plupart, « gérer » ses émotions c’est les dompter, les maîtriser, les contrôler et du coup ne pas les ressentir.

Tenter de faire cela, c’est comme si l’on empêchait la vie et son mouvement de se manifester en nous. Une émotion signifie étymologiquement « mettre en mouvement ». Elle est dynamique et a donc un sens, une direction et un rôle : Satisfaire nos besoins. En d’autres termes, elles sont nos guides qui nous informent. Elles nous indiquent si le contexte dans lequel nous sommes est susceptible de répondre à nos besoins ou non.

Chaque émotion est donc utile ! La tristesse n’est pas de la faiblesse, la colère n’est pas une perte de maitrise, la peur n’est pas signe de lâcheté. On a souvent tendance à croire le contraire et pourtant….

Ce qui est donc important est d’observer lorsque l’émotion apparait. Que dit-elle de moi ? Quel besoin n’est-il pas satisfait ? Qu’est ce qui dans la réalité présente ne me convient pas ? Quel est son rôle et son message ?

Si on met le couvercle sur nos émotions, alors elles s’accumuleront jusqu’ à un niveau tel que cela ne sera plus supportable et toxique pour nous et pour les autres. Si on met le couvercle sur nos émotions, on met le couvercle sur nous-même. On s’éteins et on se perds. Beaucoup de subterfuges et de béquilles sont alors mis en place afin de se détourner de leur le regard comme par exemple l’alcool, les jeux, la drogue ou encore les différents « masques » que l’on peut se mettre face aux autres. Comment tout accepter et embrasser de soi si on ne le fait pour de nos émotions ?

Les émotions qui n’ont pas pu être libérées, criées, pleurées? expulsées s’exprimeront par le corps et différentes somatisations .  Le corps est un mécanisme et un relais précieux car il prend en charge ce que l’on ne peut donc plus gérer autrement. Encore faut il se pencher dessus et en comprendre le sens avec un thérapeute psycho-corporel par exemple.

 

Mais alors quel est le rôle de chacune ?

La peur est le signe d’un danger. Elle nous sert à nous PROTEGER. L’instant primitif de peur est là pour nous avertir qu’un danger potentiel est là. La peur nous apprend à RALENTIR, à OBSERVER, à JAUGER. Elle nous apprend la prise de recul avant de faire le grand saut. Elle nous force à pouvoir faire en sorte d’agir en assurant notre sécurité ou voir de ne pas agir si le risque semble trop grand. Elle doit être un moteur !

Dans le corps : Frissons, tétanie, chair de poule, transpiration excessive, tremblements,  sueurs, figement.

La colère marque notre positionnement, notre capacité de dire NON, notre affirmation, notre capacité de choisir en assumant qui l’on est. La colère permet de nous faire respecter et de défendre notre territoire. On assimile souvent colère et rage alors que les deux notions sont bien distinctes. La rage est lorsque l’on a pas pu exprimer une colère saine qui pose les choses de manière ferme et stable. La rage est la marque d’une impuissance et d’une frustration répétée. La colère manifeste notre pouvoir personnel que l’on a sur notre vie, sur nos choix. 

Dans le corps : Mâchoires serrées, rougeurs, accélération du rythme cardiaque…

La tristesse est là pour nous aider à quitter, à SE SEPARER DE. Elle met le doigt sur une situation, une relation, un projet, un événement, un espoir qui se finit ou qui n’aura pas lieu. Elle parle du manque : le manque de ce que l’on aura plus ou de ce que l’on ne peut pas avoir. Elle nous libère en fait de ce qui ne nous appartient pas et permet de nous recentrer sur soi puis d’éviter dans le futur d’autres situations qui peut être nous ferons souffrir à nouveau.

Dans le corps : pleurs, affaissement de la posture, regard éteins, faiblesse, manque d’énergie pour faire…

La joie est l’émotion que l’on fuit le moins car elle exprime l’épanouissement, l’enthousiasme et l’ouverture. Elle permet le lien aux autres. Là encore à distinguer des notions de « plaisir » (en relation avec quelque chose d’extérieur et de manière plus fugace) et de « bonheur » (un état et non une émotion).

Dans le corps : Rayonnement, sensation d’ouverture, sourire, pétillements,excitation.

 

Les émotions en Thérapie psycho- corporelle (Relation d’aide par le toucher) :

Le travail sur la compréhension de nos émotions enfouies est bien, mais si l’on ne traverse pas corporellement ces mouvements internes qui ont été cristallisés, la thérapie n’aura pas le même impact. Les émotions se comprennent mais surtout se vivent. Une fois la vague passée : le calme et l’équilibre. 

L’émotion non exprimée, parfois depuis des années, ne demande qu’à être accueillie en toute sécurité. Pour cela, le corps est notre allié car il sait précisément où il va. Lors d’un toucher par exemple, l’émotion peut se manifester par des signes corporels, des mots jamais dits, des mouvements corporels significatifs pour la personne. Accompagner toutes ces manifestations dans la bienveillance, la sécurité, la confiance et l’écoute c’est garantir la libération émotionnelle, les non-dits et ainsi permettre au corps le renouveau et la guérison. Si il y a mise en mouvement , il y a vie et donc changements. Il va s’agir en fait de PERMETTRE l’émotion. Tout part d’une AUTORISATION que l’on se donne à soi car le thérapeute nous y accompagne et lui même nous y autorise. 

Dans la vie de tous les jours, il va s’agir d’observer quelle émotion je mets souvent en oeuvre. Quelle émotion est là pour en cacher une autre ( racket émotionnel) ou pour « manipuler » l’entourage ( jeux psychologiques)? Quelle est mon besoin non satisfait derrière ? Et de quelle manière puis y répondre, demander ou l’exprimer de manière plus juste pour moi et pour l’autre ? Quelle type de situation me déclenche toujours la même émotion, qu’est ce que cela veut dire de moi, de mes attentes et de mes envies profondes? Suis en mesure d’accueillir l’émotion, de la laisser me traverser , d’en faire une amie qui me montre qui je suis et ce que je veux? Quelle est l’émotion que je ressens le plus et que je montre le plus au autres? Quelle est celle que je ressens le moins? Quelle est celle que je ressens mais que je n’ose pas montrer ?  

 

En résumé, nos émotions ne sont pas un « problème à résoudre » mais des mouvements, des vagues internes à accueillir, traverser et observer sur le moment même. Nos émotions ne sont pas à devoir être « gérées » mais à être « accueillies et entendues sur leur message et nos besoins qui se cachent derrière » 

 

Une porte que je croyais bien verrouillée.
Sans pitié, s’est ouverte brusquement.
Sous la pression refoulée,
D’ un monde intérieur en pleine ébullition,
La dépressurisation a été radicale.
J’ai chuté comme jamais on ne peut avoir chuté.

Derrière mes craintes, mes peurs.
J’ai gardé cette porte ouverte encore un peu.
J’ai dû commencer par dépoussiérer.
Enlever les fils d’araignée.
Enlever toutes ces mauvaises herbes,
Accumulées depuis tant d’années.
J’ai dû affronter mes squelettes.
Que j’avais bien enterrés.

En acceptant ce grand ménage.
J’y ai découvert un nouveau monde.
En m’acceptant dans cette réalité.
Je me suis donné le droit de changer.
Dans ces nouveaux jardins intérieurs.
J’y ai déposé mes nouvelles semences.

R Viger